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Publié par Association cultuelle de l'Eglise protestante unie de Saint Lô-Manche Sud.

Un homme avait deux fils

Ce dimanche 28 septembre Denis anime le culte à Saint-Lô.

Trois lectures sont effectuées:

Genèse 38: 24 -26 par Virginie. "brûler la prostituée".

Josué 6:22-25 par Germaine. "épargner la prostituée Rahab".

Matthieu 21:28-32 par Denis. "les prostituées vous précèdent dans le Royaume". Texte traduit en anglais par Danielle pour nos frères anglophones.

Voici la prédication proposée:

La parabole des deux fils et de la vigne est propre à Matthieu, elle ne se rencontre pas dans les autres évangiles. Elle commence par une question : « Que vous semble-t-il ? » Jésus pose une question sans que le texte précise à qui s’adresse la question. A ses disciples, à ses adversaires ? Il leur demande en tout cas leur avis. Il fait appel à leur clairvoyance : qu’est-ce qui leur apparaît ? Le verbe a une racine proche du vocabulaire de la manifestation, de la révélation. Alors que nous révèle-t-il à nous ?

Un homme avait deux fils. Un père donc, et la parabole oriente ce père évidemment vers Dieu. Rien n’est dit sur ces enfants mais reconnaissons tout de suite qu’ils sont enfants d’un même père.

Aux deux fils le père demande successivement la même chose : « va travailler à la vigne ». C’est un commandement clair. Le père incite à l’action, au travail. La vigne, cette plante méditerranéenne, qui pousse sur des sols caillouteux symbolise la terre promise aux Hébreux, le peuple lui -même, et dans le deuxième testament le royaume de Dieu. Le vignoble est un lieu de travail : il faut sarcler, tailler les sarments pour obtenir du raisin d’où on extraira le vin. La grâce, le cadeau de réconciliation de Dieu nous pousse à agir. Travailler au service du Père. Quand ? Maintenant. Il y a urgence. Le père appelle à la mobilisation. Que vous semble-t-il ?

Cet appel reçoit une première réponse négative. « Je ne veux pas ». C’est clair. Deux volontés s’opposent. Celle du père et celle du fils. C’est une réponse qui peut décevoir le père mais qui n’est pas étonnante. Il est presque dans la nature des fils de se révolter, de dire non, de s’opposer au père. Si on discerne dans la figure du père celle de Dieu, on sera moins étonné encore. Combien répondent tout de suite à l’appel de Dieu ? Combien s’engagent dans l’Eglise ? Trop d’autres injonctions entrent en rivalité. Germaine hier méditant sur la dernière semaine du semainier : « tu n’auras pas d’autre Dieu » évoquait le pouvoir des médias : radio, télévision et surtout le monde du net, qui ne font jamais silence et parfois parasitent d’autres voix, celles où Dieu nous parle peut être. « Va participer catéchisme ». Non je ne veux pas. J’ai d’autres choses à faire : le football, la musique, activer ma page facebook…. « Va étudier la Bible ». Non je ne veux pas. J’ai ma chorale, mes jeux télévisés. « Va servir ton frère ». Non je ne veux pas car j’ai ma vie. Revenons sur la parabole. Rien n’est dit sur la réaction du père. Le fils a sa liberté. Mais le texte explique que le fils use de cette liberté pour changer d’avis, il fait une conversion, un retour sur soi. On ne sait pas ce qui a motivé ce changement. Il s’en va. Mystère divin qui doit nous rendre optimistes. Une réussite peut germer d’un échec apparent. Un appel non reçu n’est pas nécessairement un appel perdu. Le temps de la germination peut être long. Les chemins de la foi peuvent passer par un refus initial et après se révéler. Que vous semble-t-il ?

Deuxième schéma : le père s’adresse à son autre fils. L’a-t-il fait en même temps ? Il faut plusieurs ouvriers dans la vigne du Seigneur. Dans l’Eglise, on ne travaille pas en free- lance, seul, mais avec d’autres, en communion avec ses frères. Le royaume qui se construit est une œuvre collective, pas sans mon frère. La réponse du second fils est curieuse : « ego », moi. Seigneur. On peut l’interpréter de deux manières : soit une réponse affirmative : moi j’y vais Seigneur. Soit une interrogation : moi j’irais seigneur ? Dans les deux cas, le deuxième fils met d’abord son égo en premier et pas la vigne. Dangereuse attitude qui fait de soi le centre de l’affaire, alors que tout l’Evangile est une déportation vers son prochain et vers Dieu. En tout cas, il n’y va pas.

Le premier a dit non et y est allé. Le second a laissé entendre un oui qui s’est révélé être un non. Jésus interroge : qui a fait la volonté de son père ? « Le premier » répondent-ils. Nous ferions spontanément de même sur l’idée que les actes valent mieux que les paroles.

Les deux fils partagent la même difficulté de se situer face à l’appel de Dieu. C’est inconfortable l’appel del’Eternel. On peut facilement classer les gens dans deux catégories et se placer évidemment dans la bonne catégorie. Reconnaissons plutôt que dans cette parabole, nous sommes tour à tour les deux fils. Les grandes figures de la Bible ont les mêmes ambiguités : si Abraham part tout de suite après son appel, Moïse cherche à se défausser. Si Pierre renie. Jean reste au pied de la croix.

Face à la réponse politiquement correcte de ses interlocuteurs, le Christ ne craint pas de provoquer :

-les prostituées, les femmes les plus méprisées dans la société et que la loi condamnait à mort. La prostituée passse ainsi dans les récits bibliques de la personne impure à brûle (Genèse 38), à celle qu’on peut épargner (Josué 6) enfin à celle qui nous précède dans le Royaume (Matthieu 21)

-les collecteurs d’impôts, qui prélevaient l’impôt pour l’occupant romain.

Ces gens vous précèdent-et on peut comprendre même le mot grec « remplacent » dans le Royaume de Dieu. Que vous semble-t-il ? interroge Jésus.

Pourquoi des gens dont la vie est apparemment coupable-et l’est sans doute à bien des egards- nous précèdent-ils ? Ils ont cru, ils ont eu dans leur vie pas en regle, confiance :

-ils ont cru Jean Baptiste qui disait qu’un nouveau départ était possible, que le Royaume de Dieu était proche.

-Ils ont cru Jésus qui annonce que le royaume de Dieu est au milieu de nous.

A nous aussi de répondre à l’appel du Christ de travailler dans sa vigne, ici à Saint-Lô, Cherbourg et Granville.

A Dieu seul la gloire.

Denis Prizé

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