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Publié par Association cultuelle de l'Eglise protestante unie de Saint Lô-Manche Sud.

Ce samedi 27 septembre à 18h30 Basile anime le culte à Granville.

Le thème de ce culte est le paradis.

Martine a préparé un petit jardin floral sur la table. Allan accompagne à la guitare les chants. Nous avons lu les Ecritures et partagé la sainte Cène.

Lectures : Genèse 2, 7-15 et Apocalypse 21,1-8/22,1-5 (NBS)

PREDICATION

Je voudrais vous inviter à nous arrêter un instant sur quelques mots parmi ceux que nous venons d’entendre à travers la lecture de ces passages tirés de la Bible. Il s’agit de « jardin » et « d’Eden ». Littéralement, Eden signifie « jardin ou parc des délices ». Il s’agit de ce que nous appelons communément le paradis ; le lieu par excellence de l’innocence humaine et de la présence permanente de Dieu.

Mais comment parler de paradis dans notre monde actuel où l’humain va mal aussi bien physiquement que mentalement ? Comment concilier paradis de Dieu et parodie des hommes ? Quel rapport y-a-t-il entre Dieu, la foi, le paradis ? Comment faire advenir aujourd’hui et maintenant ce lieu de délices appelé Eden dans nos vies ?

Si nous considérons le récit biblique, l’Homme est chassé du premier Eden, du premier paradis pour une vie d’errance et de dur labeur. Ce premier lieu de délices est donc derrière nous sans aucune possibilité de retour comme le signifie bien Genèse 3, 24 : « Après avoir chassé l'homme, il (Dieu) posta, à l'est du jardin d'Eden, les chérubins et l'épée flamboyante qui tournoie, pour garder le chemin de l'arbre de la vie. »). Quand au nouveau paradis, la Jérusalem céleste (Ap. 22, 9-26) il est à espérer dans l’avenir et présenté comme réservé pour la fin des temps. Mais entre temps que devient l’humain ? L’homme est-il condamné à attendre dans la souffrance ? Jouir de la vie aujourd’hui et maintenant est-il une utopie, une réalité du passée ou un futur à espérer ?

Dans le texte de Genèse 2, il est question d’un jardin au milieu duquel Dieu plante un arbre ou deux (le texte n’est pas très claire sur ce point), arbre(s) de vie et de la connaissance du bien et du mal. Au cœur même de ce jardin est mis en évidence un trio jamais inséparable (et l’expérience nous le confirme), à savoir Vie/Bien/Mal.

La première des choses à noter par cette représentation, c’est le lien intime qui existe entre vie et le complexe bien/mal. Cela nous rappelle peut-être que c’est au cœur même de la vie s’est posé, se pose et se posera toujours la question fondamentale du bien et du mal. Que vivre, c’est être constamment mis devant des choix éthiques pour nos actions. Que les sources même du complexe bien/mal est à chercher à l’intérieur de nous-mêmes, dans notre propre vie.

La deuxième chose à noter, c’est la responsabilité de l’homme dans la pérennité de notre espace de vie, de ce cadre de délices. L’Homme y est mis par Dieu dans le but non seulement d’en jouir mais de le cultiver pour multiplier ses capacités de régénérescence.

Le constat actuel n’est pas encourageant. La terre souffre du peu d’égard de l’humain à son encontre ; pollution, déforestation et j’en passe. Ce lieu de vie est durement malmené. L’on a le sentiment que l’homme est en train de scier la branche sur laquelle il est assis. Ces représentations bibliques ont l’intérêt de nous interpeller constamment et nous pousser à la réflexion pour une éventuelle prise de conscience qui devrait nous conduire vers une action concrète et efficace de sauvegarde.

Dans un autre registre, et à la lumière des deux textes (dans Genèse et dans Apocalypse) nous sommes frappés par la différence significative qu’il y a entre le paradis de la Genèse et celui de l’Apocalypse. Dans le premier cas il s’agit d’un jardin et dans le second cas d’une ville. Nous sommes passés du jardin à la ville. Il s’agit là il faut le reconnaitre d’un changement de registre un peu surprenant qu’il va falloir prendre en compte. Apparemment l’on pourrait supposer que Dieu (vu les conditions de vie dans nos campagnes), s’est laissé tenter par l’exode rural. C’était l’humour du jour.

Autre chose à mettre en évidence, c’est bien le fait que si le premier paradis est terrestre, le second l’est aussi. Dans les versets 2 et 3 d’Apocalypse 21 il est dit : « Et je vis descendre du ciel, d'auprès de Dieu, la ville sainte, la Jérusalem nouvelle, prête comme une mariée qui s'est parée pour son mari. 3J'entendis du trône une voix forte qui disait : La demeure de Dieu est avec les humains ! Il aura sa demeure avec eux, ils seront ses peuples, et lui-même, qui est Dieu avec eux, sera leur Dieu. 4Il essuiera toute larme de leurs yeux, la mort ne sera plus, et il n'y aura plus ni deuil, ni cri, ni douleur, car les premières choses ont disparu. »

Comment comprendre ces différentes nuances ? D’abord du jardin à la ville. Selon moi, le texte veut nous faire comprendre que le lieu importe peu (ville, jardin…). La beauté d’un lieu n’en fera pas un paradis. Le seul critère valable, c’est la présence de Dieu. On peut être bien dans un jardin, mais le paradis, c’est plus que cela. Dieu présent dans un espace, en fait un Eden, un lieu de délices.

Ensuite, nous avons entendu dans l’Apocalypse, que ce paradis vient vers nous, descend du ciel. Il apparait ici que ce paradis vient nous rejoindre dans notre réalité terrestre. Il nous est donné ici et maintenant. Ce paradis n’est pas au ciel ou du moins n’est pas à rechercher au ciel (car à ce niveau et une fois là-bas, plus rien ne dépend de nous), mais descend du ciel comme un don de Dieu. Nous n’avons qu’à le recevoir aujourd’hui et maintenant dans nos réalités présentes. Ici résonne fortement la parole du Christ dans Luc 10, 8-9 : « Dans toute ville où vous entrerez et où l'on vous accueillera, mangez ce qu'on vous offrira, 9guérissez les malades qui s'y trouveront, et dites-leur : « Le règne de Dieu s'est approché de vous. »

Ce texte peut aussi nous laisser entendre que si ce sont les malades et les faibles qui entendent ce message, notre prétention humaine à la suffisance est un obstacle à la réception de ce royaume que Dieu nous propose.

Ce propos n’a pas pour fonction d’exclure la pleine réalisation dernière des choses mais de faire advenir le monde des délices dans nos réalités présentes.

Je crois pour ma part que l’Eden est une réalité de toujours à la lumière des textes que nous parcourons. Ils nous donnent la possibilité de déduire que le critère de l’Eden (de la possibilité de jouir de la vie), n’est pas dans le lieu quelqu’en soit sa beauté mais dans l’élément déterminant qui est la présence ou l’absence de Dieu. L’Eden c’est Dieu présent dans l’homme, dans l’humanité et dans ses réalités quotidiennes. C’est Dieu qui vient nous rencontrer dans le Christ. Ici et maintenant commence pour tout croyant la vie du paradis parce que Dieu s’est déplacé vers nous en Christ.

Notre cœur est le lieu privilégié que Dieu voudrait occuper. Si le paradis n’est pas défini par le lieu ou sa beauté mais par la présence de Dieu, alors Dieu présent en nous par Jésus-Christ qui le révèle, fais de nous des lieux d’Eden, des paradis et je dirais des paradis ambulants. Nous devenons ces lieutenants de l’Eden, à la fois sel et lumière pour ce monde. Autour de nous et avec nous, jouir de la vie devient possible. Nous participons alors à cultiver et à préserver ce jardin, notre monde, branche de l’arbre sur laquelle nous sommes tous assis.

En résumé de ce que nous venons de voir plus haut, le paradis n’existe pas sans Dieu et l’homme comme dans le jardin puisqu’il est fait en définitive pour lui. L’Eden advient dans la relation Dieu/Homme (…et lui-même, qui est Dieu avec eux, sera leur Dieu… Ap. 21, 3b). Dire que Dieu est « Dieu avec nous », c’est prendre le risque du contraire c’est-à-dire qu’il « n’est pas » Dieu sans nous ou du moins, qu’il ne voudrait pas être Dieu sans nous. Dieu qui vient pour être reçu par l’homme. Il vient donc dans nos réalités d’hommes et c’est au cœur de ces réalités qu’il vient planter l’arbre de la vie, mais cette fois-ci, au « Au milieu de la grande rue de la ville …, un arbre de vie produisant douze récoltes et donnant son fruit chaque mois. Les feuilles de l'arbre sont pour la guérison des nations. » (Ap. 22,2)

« …Au milieu de la grande rue de la ville… » Cette phrase est très actualisant. L’homme d’aujourd’hui dont le mode de vie est fortement marqué par la ville est capable d’entendre cette actualité. C’est donc dorénavant dans ce lieu là, dans nos lieux de vie que Dieu veut poser l’Eden, la possibilité de jouir de la vie en dépit des réalités contraires.

Amen.

Basile ZOUMA

Culte Basile, Où est le paradis?
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