Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Pages

Publié par Association cultuelle de l'Eglise protestante unie de Saint Lô-Manche Sud.

Culte, le mariage, image du Royaume de Dieu ?

Ce 5 octobre à Granville, Lydie a apporté les fleurs qu'elle a préparées avec Martine, Anne-Marie a joué de l'orgue, Allan de la guitare, Denis a animé le culte qui avait pour thème: le mariage, image du Royaume de Dieu.

Textes lus:

-Genèse 29 : 15-30, Genèse 30 : 1-15

-Matthieu 22:1-10

Prédication :

En 2013, 238 000 couples se sont mariés en France devant le maire, dont 7 000 couples du même sexe. Le mariage a encore la cote en France. Chaque année des couples viennent demander la bénédiction de leur mariage dans nos Eglises chrétiennes, catholiques, protestantes ou orthodoxes. Chez nos frères et sœurs catholiques le mariage est un sacrement indissoluble que se donnent deux époux devant l’Eglise. Seule la mort peut le rompre. Chez nos frères et sœurs orthodoxes, le mariage est un mystère et un couronnement et l’Eglise orthodoxe accepte dans certains cas le divorce qui est toujours vu comme une tragédie, mais comme le dit un saint Orthodoxe : il vaut mieux rompre le mariage que de perdre son âme. Pour les protestants, le mariage est un engagement entre deux personnes qui s’engagent dans la durée et la fidélité. Les Eglises protestantes ne marient pas mais invoquent la bénédiction, un oui de Dieu qui marche avec le couple. Jusque là les Eglises protestantes en France n’invoquent la bénédiction que sur un homme et une femme sauf la mission populaire évangélique d’inspiration méthodiste. Notre Eglise réfléchit sur des bénédictions sur des couples de même sexe. Le divorce est vu par les Protestants comme un échec mais une bénédiction sur un nouveau mariage est possible…

Quelle forme avait le mariage au temps des Ecritures ?

Les textes bibliques ont été écrits dans des sociétés très différentes de la nôtre. Le premier texte sur les mariages au pluriel de Jacob écrit au premier millénaire av JC, peut être au VII eme siècle av JC, s’inscrit dans un modèle de société clanique : on se marie dans son clan, Jacob prend pour épouses des filles de son oncle, des cousines ! Et tout le premier Testament est marqué par des interdictions de se marier avec des femmes étrangères, même si les exceptions sont nombreuses. Le mariage à cette époque est une affaire d’hommes-il y a un contrat entre l’époux et son beau-père, contrat d’ailleurs qui n’est pas respecté ici-. On ne voit aucune trace d’un acte devant une autorité politique, ni même religieuse. Un accord est passé entre deux familles d’un même clan, il y a une fête et la femme vient vivre avec son homme. Bien sûr des sentiments existent. Ainsi Jacob aime Rachel, mais on ne demande guère l’avis à la femme dont le statut dans le mariage est inférieur à l’homme. Une femme est promise à un mari auquel elle doit se soumettre. Mais dans la réalité, on le voit dans les récits de la Genèse, les femmes prennent souvent des initiatives, des décisions, ici par exemple avec qui va coucher Jacob une certaine nuit. Car autre différence de taille avec nos sociétés occidentales, le mariage est souvent polygamique. Jacob est marié officiellement avec deux femmes Rachel et Léa. Et il a des relations intimes avec quatre femmes, car notre société n’a pas inventé la gestation par une autre femme, Rachel prend son esclave Bilha comme mère porteuse. Par conséquent dans la famille de Jacob, il y a quatre mamans. Une fois de plus on ne peut évidemment pas prendre à la lettre ces textes bibliques comme des modèles familiaux, sinon nous aurions quelques problèmes avec la loi française. Dernière chose, le mariage dans cette situation est institué pour donner naissance à des enfants-la survie du clan en dépend. D’où cette angoisse, ce cri de souffrance de Rachel qui ne peut avoir d’enfants. Une femme sans enfants est signe de malédiction et risque d’être délaissée au profit d’une autre femme. Ainsi les textes bibliques décrivent des mariages dans un contexte patriarcal sémitique pour l'Ancien Testament, puis dans un contexte juif dans un monde gréco-romain pour le nouveau Testament. Paul par exemple est très marqué par le rôle de l’homme comme pater familias et demande logiquement aux femmes d’être soumises à leur mari. Ce serait absurde de ne pas tenir compte du contexte, absurde d’en faire un modèle contraignant qui aurait été donné par Dieu. La vérité des textes bibliques est théologique , pas anthropologique. On lit les textes, on réfléchit à la lumière du Christ, on les applique dans nos vies avec discernement et humanité, sinon on ne vaut pas mieux que les sectes ou le prétendu Etat islamique.

Lecture évangélique :

Jésus parle une fois encore en parabole, c’est-à-dire qu’il raconte une histoire source de comparaison et de questions. L’histoire ici est une curieuse histoire de noces. La comparaison est celle du royaume des cieux annoncé par Jésus. Un roi qui fit des noces au pluriel « ϒαμους » à son fils. On est dans les festivités prolongées du mariage. Tous les mariés m’ont presque toujours dit : « les noces passent trop vite ». Le royaume annoncé par Jésus est comparable à des noces qui durent. Des noces du roi pour son fils. L’allusion est suggérée par l’évangile de voir ici une allégorie du roi Dieu qui fait des noces pour son fils, le Christ. Les serviteurs appellent à la noce. Première surprise : ils ne veulent pas venir. Le royaume est une invitation. Ce refus pousse le roi à relancer l’invitation en explicitant que ce sera vraiment une grande fête, qu’il a engagé beaucoup « taureaux et bêtes grasses ». Dieu est un hôte qui ne se lasse pas de nous appeler et nous offre beaucoup. Mais le roi ne reçoit pas même un refus, c’est de l’indifférence. Dans notre pays la proposition évangélique rencontre la plupart du temps une semblable indifférence. On a mieux affaire : le champ, le commerce dans le texte. Si on actualise la proposition évangélique est concurrencée non seulement pas le travail qui peut être envahissant mais aussi les loisirs, les médias, l’internet. L’indifférence devient même une hostilité voir une persécution. Des croyants aujourd’hui encore sont maltraités ou tués pour leur foi. On pense à ce qui se passe entre autres pour les Chrétiens ou les Yazédis d’Irak. Ce qui ne va pas sans conséquence, la violence appelant la violence. Une ville est brûlée. Tout cela pour des noces. Quand ce texte fut écrit, l’actualité était celle de la destruction de Jérusalem et de son temple par les Romains. Constat amer du roi : les noces étaient prêtres, et les invités n’en étaient pas dignes. Ce n’est pas une dignité morale, mais leur refus les rend indignes. Mais le roi ne renonce toujours pas. Il fait un appel plus général. Sur les chemins, aux carrefours, le mot grec désigne aussi l’endroit où la rue franchit les limites de la commune et débouche dans la campagne. Aussi l’invitation est vers ceux de l’extérieur. Notez que tous sont invités par le roi, πονηρους αϒϑους, bons et mauvais. Si l’Eglise est la salle de noce, on est prévenu : il y a des bons et des méchants ou mieux car c’est une parabole, il y a du bon et du moins bon chez chacun d’entre nous. Il y a place pour tous. Cela est une bonne nouvelle.

Ainsi en conclusion, le mariage est une réalité humaine qui renvoie à une autre réalité, celle du royaume de Dieu. Elle concerne tout le monde. Le mariage n’est pas une invitation à prendre à la légère. Dans l’Eglise protestante, nous accueillons tout couple qui le demande mais il n’ y a pas mariage sans préparation et suivi. Comme l’écrit Jean Claude Sagne : « l’horizon de la vie de couple n’est pas une attirance énigmatique-en partie narcissique- et fugace mais le consentement à parcourir à deux une vie ». L’idéal enseigné par le Christ est la fidélité, qui est loyauté à une parole donnée et que Dieu a bénie et confiance en l’autre et en Dieu.

A Dieu seul la gloire.

Denis Prizé

Commenter cet article

Chantal 29/10/2014 11:22

Merci Denis, avec retard, pour ce culte auquel je n'ai pu assister.
Clarté, sincérité, source de bien des réflexions pour qui le reçoit : les choix, la durabilité, l'évolution , la tolérance ...