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Publié par Association cultuelle de l'Eglise protestante unie de Saint Lô-Manche Sud.

Abraham et les trois hommes

Ce dimanche 9 novembre, Chantal anime le culte à Saint-Lô:

La grâce et la paix vous sont données de la part

de Dieu notre Père et de Jésus-Christ notre Sauveur

Merci à de me permettre de partager avec vous ce début de dimanche.

Une pensée particulière accompagnent nos sœurs et frères qui en ce moment

sont réunis à Cherbourg pour fêter les 50 ans du temple.

Réjouissons-nous,

Non, Dieu n'est pas absent.

Sa parole est vivante.

Sa voix se fait entendre.

Es-tu dans le brouhaha du temps ?

Accueille la, elle te conduit au silence apaisant.

Es-tu dans la solitude ?

Écoute la, c'est à toi que Dieu parle.

Chantal nous propose une méditation

inspirée par les pasteurs

Richard GELIN et Pierre de MAREUIL

Alors qu'il s'est installé sous les chênes de Mamré à Hébron,

Abraham reçoit la visite de 3 hommes qui lui annoncent que Sarah allait enfanter un fils malgré son grand âge.

Puis, les hommes s'en vont. Abraham se retrouve seul avec Dieu.

Un dialogue exigeant et étonnant de proximité se noue entre eux à propos de justice et de jugement quand est évoquée la situation de Sodome et Gomorrhe.

Là, va se nouer l'amitié de Dieu et d'Abraham qu'évoque le dialogue suivant que vous trouverez dans Genèse 18 v 17 à 33

Lecture des versets

Cette histoire est racontée comme une mise en scène. Voyez l'amorce du dialogue : Abraham accompagne ses visiteurs et là, le récit laisse penser par sa lenteur qu'Abraham est troublé par une parole qui lui a été dite. En effet, Dieu lui a fait part de son intention de descendre juger Sodome.

Quand enfin les visiteurs s'éloignent, le récit précise :

« Abraham reste encore devant le Seigneur. «

Abraham a quelque chose à dire. Mais pour le moment rien ne se dit. Il y a un silence, cette sorte de silence qui précède une parole difficile. Une parole qui va de l'intime à l'intime, quand une vérité aspire à la vérité de l'autre espérant entre elles l'harmonie comme 2 notes de musique.

Enfin Abraham ose.

Le texte exprime alors de façon dynamique par un mouvement :

« Abraham s'avance et dit … «

C'est comme si son corps et sa parole s'engageaient dans un même mouvement. Il ne se tient plus devant Dieu. Il entre tout entier dans l'intimité de Dieu. Il se jette à l'eau !

Dans le silence, une audace a mûri en lui ou plutôt, lui, a mûri par cette parole qui l'a troublé. Il ose une parole aux limites du scandale. Une parole qui interroge Dieu au sujet de Dieu.

C'est que la confidence de Dieu a causé comme une brûlure qui doit être adoucie ; elle a provoqué en lui comme une inquiétude qui réclame l'apaisement : Dieu est-il injuste ?

Abraham se tourne vers Dieu. Il a besoin que se manifeste la cohérence entre ce qu'il croit de Dieu et ce que Dieu projette de faire. Non, Dieu ne peut pas faire mourir indistinctement le juste et le méchant . C'est à l'audace d'Abraham que nous devons la première question théologique posée par un homme de la Bible.

Oui, Abraham attend. Mais sa question, il la pose. Trop souvent nos questions restent inexprimées !

Devant la tragédie ou l'injustice, nous nous réfugions souvent trop vite derrière le mystère de la volonté de Dieu, incompréhensible et insaisissable : parfois ce n'est là que la fuite devant les montagnes que nos questions soulèvent.
Abraham a le courage de sa confiance, de son besoin de cohérence. Il y a comme un enjeu sous-entendu : le mot « justice « a-t-il bien le même sens pour toi et pour moi ? Oui, alors le juge du monde ne peut pas être injuste et traiter l'innocent comme le coupabl
e !

Méfions-nous de l'idée que les mots de Dieu auraient un autre sens que les mots des hommes. Dieu a choisi de parler le langage des hommes, mais surtout désire parler avec eux ? Dès lors ses mots et nos mots, ses pensées et nos pensées doivent se rejoindre. Non que les mots des hommes enfermeraient toute une pensée de Dieu, dont la limpidité n'a d'autre limite que sa profondeur. Mais puisque la parole de Dieu est vérité, le dialogue sincère d'un homme avec Dieu est vraiment possible.

Ajoutons qu'Abraham n'est pas un bavard ! Depuis qu'il a été appelé du fin fond de la Mésopotamie, Dieu a parlé . Mais les paroles d'Abraham ont été rares : ici, une parole à propos d'Ismaël ; là, quelques mots d'accueil et puis, d'un seul coup cette audace, cette intercession. Il n'est donc pas nécessaire d'être volubile pour être

l'ami de Dieu !

Je suis étonnée par ce courage et cette audace chez un homme jusque là peu loquace. Mais un point en arrière plan mérite d'être mis en lumière : Dieu a tendu la perche ! Dieu a provoqué Abraham. Dieu a dit : « Je ne veux pas cacher à Abraham ce que je vais faire … « L'initiative vient de Dieu et il argumente le « pourquoi « de cette décision.

Le premier évoque la « justice et l'équité « qu'il attend d'Abraham et du peuple qui naîtra de lui. La pratique de la justice et de l'équité sera une condition pour que ce peuple soit en bénédiction à toutes les nations de la terre.

Dieu se révèle ici en maître pédagogue, puisque Abraham se saisit de son intention et l'interroge en retour.

Je remarque aussi une attitude pleine d'humanité. Abraham est devant Dieu comme fils qui considère son père à l'aune des ses propres paroles. Pour autant, Abraham ne met pas Dieu en jugement, il n'est pas dans le soupçon. Ce qu'il exprime là, c'est une confiance profonde. Abraham prend appui sur ce que Dieu attend de lui, pour dire ce que lui, attend de Dieu. Le courage d'Abraham est le courage de la confiance.

La pédagogie de Dieu atteint son objectif : Abraham ose interroger Dieu. Il ose l'interroger pour la justice. Quittant le monde de l'obéissance muette, pour celui de la parole d'amitié, Abraham devient l'avocat des justes devant Dieu lui-même.

Comme un écho à cette amitié, j'entends ces paroles rapportées dans l’Évangile selon Jean par lesquelles Jésus parle aussi d'amitié offrant aux disciples une relation d'une nouvelle nature « Je ne vous appelle plus esclaves car l'esclave reste dans l'ignorance de ce que fait son maître ; je vous appelle « amis « parce que tout ce que j'ai entendu auprès de mon Père, je vous l'ai ait connaître . «

Entre l'ami et l'esclave, il y a un abîme. L'esclave n'est que l'exécutant des ordres. L'ami partage la pensée du maître. L'esclave n'a pas droit à la parole. L'amitié, elle, vit du dialogue. L'amitié n'existe que dans une relation partagée.

Abraham ose l'intimité de Dieu et cela se manifeste là : il se saisit de ce que Dieu dit ; il croit Dieu, jusque devant Dieu et tant pis pour les apparences et les convenances. L'amitié de Dieu est relation exigeante, en confiance, généreuse dans le don de soi, attentive à la parole. Elle est intelligence intime de l'autre.

Les exemples d'Abraham et de Jésus récusent toute valorisation de la servilité. L'obéissance servile n'accomplit pas la joie de Dieu. C'est que la joie de Dieu se porte vers l'homme pour lui-même. Dieu se réjouit de l'homme qui ose se saisir de toute dignité qui lui tend l'amour même de Dieu.

A propos de cette intercession, nous avons utilisé le mot

« marchandage « . Mais est-ce vraiment à un marchandage qu'Abraham se livre ?

L'impression première est celle d'un marchandage à l'oriental ! Mais c'est une impression trompeuse. Ce n'est pas un marchandage . Abraham ne s'oppose pas à Dieu, en essayant de lui arracher quelques concessions. Dieu ne résiste pas aux requêtes du patriarche. Simplement, Abraham ose se saisir de l'invitation de Dieu à le découvrir, à explorer sa justice et sa grâce. Et chaque étape, loin d'être une victoire arrachée à Dieu, est plutôt comme une marche supplémentaire qu'Abraham ose gravir en s'étonnant lui-même de ce que Dieu ne lui dise pas : « Arrête ! Tu ne peux pas aller jusque là « . Mais cet interdit ne vient pas.

Alors six fois Abraham va oser interroger Dieu. A chaque fois c'est un nouveau palier à franchir dans la découverte de la justice généreuse de Dieu.

D'une manière très fine, se dévoile alors la question de la relation dans une communauté entre le sort du juste et celui du méchant. Abraham commence par une déclaration de foi : « Le juge de la terre ne peut pas traiter l'innocent comme coupable « . La suite est subtile. Il ne s'agit pas seulement de distinguer le « juste « du « méchant «, mais d'affirmer qu'une poignée de justes épargne une collectivité du jugement qu'elle mérite. Sodome ne sera pas détruite, s'il s'y trouve 50 justes et même s'il n'en trouve que 10 !

Au regard de Dieu, il y a comme un rayonnement du juste qui l'emporte sur le méchant. La vérité est plus forte que le mensonge. Le mal et le bien ne sont pas 2 forces qui maintiennent le plateau de la balance en équilibre. Quand le mal n'est que torsion, fêlure et mensonge ? Le juste partage la justice de Dieu.

Notre propre droit national préfère dans le doute un coupable libre à un innocent emprisonné et atteste aussi que la vie du juste l'emporte sur la mort du méchant.

Une parole de prophète témoigne d'une revendication ancienne pour la justice personnelle : « Les pères mangent les raisins verts et ce sont les fils qui ont mal aux dents «.

Mais l'intention d'Abraham n'est pas de faire le tri. Abraham découvre « l'âme de Dieu « ; il découvre que pour Dieu c'est le juste qui entraîne le méchant dans son salut et non le méchant qui entraînerait le juste dans sa condamnation. Cette priorité de Dieu de reconnaître le juste, plutôt que de détruire le méchant, éclaire la parole de Jésus : « Vous êtes le sel de la terre « . Dans un monde où règne l'injustice, il n'est pas sans importance que demeurent des justes, même s'ils ne sont qu'une poignée. Ils sont le sel de Dieu. Non comme un sel conservateur de la justice établie, mais comme le sel diffusant la justice de Dieu transformante et créatrice.

Abraham interroge Dieu : 50 justes sauveront-ils la ville ?

45 la sauveront-ils ? Puis 40, puis 30, puis 20, pis 10.

Pourquoi s'arrêter à 10 ?

Pourquoi ne pas aller au bout de l'audace et franchir une 7ème ultime étape ?

Qui osera demander si un seul juste sauvera la cité ?

Qui osera poursuivre l'intercession d'Abraham ?

Cette ultime étape, elle a été franchie par l'amitié du Christ pour le monde. En lui, Dieu dévoile la profondeur infinie de son amour : un Unique Juste qui librement donne sa vie devient source du salut pour tous. Dieu n'est pas seulement le juge qui juge selon une loi tournée vers le passé. Il accomplit des actes de Justice. La justice de Dieu n'est pas tournée vers le passé, au contraire. Elle est toute tournée vers l'avenir. Elle ouvre un avenir à un monde que le mal tend à détruire. Elle est une justice d'espérance.

Voilà la Bonne nouvelle de la justice justifiante de Dieu : quand il ne se trouve aucun juste, pas même un seul, le Fils Unique de Dieu donne sa vie.

Celui qui, pour tous les hommes, de toutes les cités de la terre, est la source du pardon et la vie éternelle, c'est le Christ. Il est lui la justice de Dieu.

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