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Publié par Association cultuelle de l'Eglise protestante unie de Saint Lô-Manche Sud.

Avent, Granville

Ce dimanche 14 décembre, Michel anime le culte à Granville.

Il commente l'évangile selon Matthieu 1: 18-25.

Frères et sœurs, ce texte sur la naissance de Jésus nous fait forcément penser à cette période de Noël que nous allons traverser. Et le problème avec Noël, c'est qu'il y a trop de traditions, trop de souvenirs attachés, trop d'histoires racontées, trop de contraintes liées « au faire plaisir obligatoire » de cette période, et il nous est difficile de l'aborder sereinement.

Pour retrouver un peu de sérénité, rien de tel que de lire la Bible avec la naïveté de celui qui l'ouvre pour la première fois.

Dans le récit de Matthieu, nous découvrons qu'un personnage un peu oublié à le rôle central. Pour un peu on lui donnerait la même place que l'âne et le bœuf, vous savez, ces animaux qui ne se trouvent même pas dans la Bible mais qui sont les indispensables de la crèche !

Ce personnage, vous l'avez compris, c'est Joseph.

Marie est certes bien présente, c'est elle qui « mettra au monde l'enfant », mais elle n'est pas actrice du récit de l’Évangile selon Matthieu. C'est Joseph qui est concerné par cette naissance en premier.

L’Évangile commence par la généalogie de Jésus (que nous avons évoquée tout à l'heure), et c'est par Joseph que Jésus est descendant de David. C'est à Joseph que l'ange s'adresse en songe, dans notre récit et par la suite. L'histoire est belle !!

Au départ, même s'il nous est dit que Joseph est un descendant d'Abraham, d'Isaac et de Jacob, puis de David le grand roi d'Israël, il nous est présenté simplement « comme l'époux de Marie, de laquelle est né Jésus, celui qu 'on appelle le Christ. » « L'époux de Marie », cela sonne comme l'époux de la Juge, le mari du docteur, ou à l'inverse la femme de l'instituteur !

Et ce n'est pas un hasard si les texte insiste sur le fait qu'il est « l'époux de Marie » C'est même important, car dans cette histoire, il aurait pu n'avoir aucun rôle !

En effet, il est dans la situation d'un mari dont la femme attend un bébé dont il n'est pas le père !!

il aurait pu répudier sa femme, publiquement ou en cachette. La loi l'autorise ou plutôt le pousse à agir ainsi.

Le « qu'en dira-t-on »l'incite à ne pas être ridicule ! Mais il ne fait rien !

Il aurait pu ne rien avoir à faire dans l'histoire. Hors, il est bien là ! Il est bien « l'époux de Marie» et il prend sa femme chez lui, malgré tout ce que cela peut représenter de difficultés vis-à-vis des autres, vis-à-vis de lui-même, d'une certaine fierté. Il est l'époux de Marie !

Et lorsque l'enfant naît, c'est lui qui le nomme « du nom de jésus, car c'est lui qui sauvera son peuple de ses péchés. » (dans l’Évangile selon Luc, c'est Marie qui nomme l'enfant du nom de Jésus)

On raconte qu'une femme a neuf mois pour se préparer à être mère, le temps de la grossesse. Pour le père c'est plus compliqué ;

J'aime bien parler d'un processus d'adoption où le langage à toute sa place. Nommer son enfant c'est commencer à l'adopter. S'en occuper matériellement, lui parler, c est poursuivre dans cette voie.

Et c'est ce que fait Joseph : il s'occupe de la mère comme un époux, il nomme l'enfant, puis il s'occupera de l'enfant.

Plus tard, quand Jésus sera adulte, Dieu prendra la place de Joseph au moment du baptême de Jésus par Jean-Baptiste comme nous le lisons dans Matthieu 3, 16-17 : « Aussitôt baptisé, Jésus remonta de l'eau. Alors les cieux s'ouvrirent pour lui, il vit l'Esprit de Dieu descendre comme une colombe et venir sur lui . Et une voix retentit des cieux:Celui-ci est mon Fils bien-aimé ; c'est en lui que j'ai pris plaisir. »

Avec cette double adoption, nous retrouvons bien la complexité de la personne de Jésus. Quelque part il semble insaisissable.

Joseph l'appelle Jésus qui veut dire : « Dieu sauve », qui est un programme d'action, une promesse, et nous reconnaissons bien là le Dieu de la terre promise.

La prophétie d'Esaïe, rappelée par le messager de Dieu dans le songe de Joseph, lui donne un autre nom quand elle dit : « la jeune fille est enceinte ; elle mettra au monde un fils et l'appellera du nom d'Immanou-el (Dieu est avec nous)

Ainsi l'autre nom de Jésus (francisé) est Emmanuel et ce nom, même s'il n'est pas repris par Marie ou Joseph, est important. Il constitue en effet les derniers mots de l’Évangile de Matthieu : Quant à moi, je suis avec vous tous les jours , jusqu'à la fin des temps. » Emmanuel !

Ici c'est le Dieu de la fidélité, de la présence constante et persistante

ainsi Joseph n'est pas ce vieillard, qu'on nous présente bien souvent, vénérable et impotent, comblé par la simple contemplation de Marie, vierge éternelle. Non, il est « l'époux de Marie »

Cela signifie que Jésus n'est pas confié à une seule personne mais bien à un couple, Joseph et Marie. Ce couple va s'occuper de faire grandir l'enfant en le protégeant des dangers, en lui transmettant les commandements de Dieu.

Peut-être pouvons-nous nous poser la question de savoir ce que nous apporte ce personnage de Joseph ? Qu'est- ce qu'il nous dit de la relation qui nous lie à Dieu ?

Essayons de d'analyser cela en quatre points.

1° - et ce n'est pas la moindre chose, il nous dit que Dieu à la capacité de rendre droit ce qui est tordu !

Joseph est dans une situation inextricable, inexplicable : comment voulez-vous expliquer à vos voisins que l'enfant de votre femme est un enfant de Dieu ?

Par Joseph, Jésus est de la lignée de David ; Point !! L'ange de Dieu a dicté ses ordres : « Joseph, fils de David, n'aie pas peur de prendre chez toi Marie ta femme., car l'enfant qu 'elle a conçu vient de l'Esprit Saint ! »

Celui qui aurait pu être un enfant sans père est un fils bien-aimé. Combien de fois Dieu ne renouvelle-t-il pas pour nous cette transformation ? Je suis désespéré, je suis trop gros, trop maigre, étranger, chômeur, alcoolique, trop jeune, trop vieux, pas brillant et j'en passe. Dieu nous dit simplement que nous sommes ses filles et ses fils bien-aimés, au-delà de tous les préjugés que nous pouvons avoir pour nous-mêmes !

2° - je suis surpris par la densité du personnage. Il est généreux. C'est le sens que je vois au mot « juste » qui qualifie Joseph(Joseph, son époux, qui était un homme juste ). Il est sous la loi, c est à dire qu'il aurait dû répudier sa femme, et la punition était sévère à cette époque-là pour l'adultère. Il n'en fait rien et la répudie secrètement afin de lui éviter toute punition.

Et dans tout ce qui nous est dit de lui, Joseph met au centre de sa vie, non pas lui-même mais l'amour de prochain, au sens de « celui qui me rend proche ».

Il se rend proche de Marie que tout l'incitait à mettre à distance.Il se rend proche de l'enfant sur qui il veillera en l'emmenant en Égypte pour le protéger d’Hérode Joseph, avec la sobriété du récit de Matthieu, nous donne une leçon de générosité.

3° - dans l’Évangile selon Matthieu, quand Jésus adulte va vers Jean pour être baptisé, Jean s'oppose à Jésus et lui dit : « C'est moi qui ait besoin de recevoir le baptême de toi ». Et Jésus lui répond : « Laisse faire, maintenant ».

Laisser faire, lâcher prise !

Loin de subir les événements de façon passive, Joseph nous donne une leçon de lâcher prise. Qu'est-ce qui est vraiment important ? Comprendre ce qui s'est passé pour que Marie soit enceinte ? Ou nommer un enfant « Jésus, car c'est lui qui sauvera son peuple de ses péchés ? »

A Noël, Dieu vient à nous en Jésus-Christ comme une aventure qui s'offre à nous. Nous voici bien obligés de reconnaître qu'il y a fondamentalement quelque chose qui nous échappe et sur lequel nous n'avons aucune prise. Ce n'est pas nous qui prenons l'initiative. « Laisse faire, suis-le, lui, le Christ ! »

A Noël, Dieu nous rejoint, nous n'y sommes pour rien et cela change tout pour nous !

4° - enfin, l'histoire nous dit que Dieu a besoin des hommes pour nous parler.

Sans Joseph, il n'y a pas de famille pour l'enfant.

Sans Joseph, il n'y a pas de descendance royale pour Jésus.

Et puis acceptons ce que nous dit son histoire :

  • c'est l'histoire d'un type, comme dirait Coluche, qui croyait qu'aimer une femme, c'était la désirer. Il apprend qu'aimer c'est entrer en aventure !
  • c'est l'histoire d'un type qui croyait qu'élever un enfant, c'est lui transmettre des valeurs. Il apprend que c'est accompagner fidèlement un être qui trace son propre chemin !
  • c'est l'histoire d'un type qui croyait savoir ce que Dieu veut : la fidélité aux commandements. Il apprend que Dieu a besoin d'aide et qu'il l'a choisi pour être son aide !

Merci donc à Joseph de nous apprendre que Dieu redresse ce qui est tordu, relève ce qui est couché.

Merci pour cette leçon de générosité.

Merci pour nous inciter à lâcher prise lorsque c'est Dieu qui vient à nous.

Merci de nous apprendre ce « n'aie pas peur » de Noël que Dieu nous envoie avec la naissance d'un petit enfant, pour entrer dans l'aventure de la vie à la suite du Christ.

AMEN

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