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Publié par Association cultuelle de l'Eglise protestante unie de Saint Lô-Manche Sud.

Le messie inattendu, culte des rameaux, Saint-Lô 2016

Ce dimanche 20 mars 2016, Nicole anime le culte des rameaux.

Deux passages des Ecritures sont lus:

Marc 11, versets 1 à 11

Zacharie 9, 9 et ss.

Nicole propose cette méditation inspirée d'une prédication du pasteur Jean-François Breyne:

Comme nous aurions aimé, n'est-ce pas, nous trouver sur le bord du chemin, ce jour là près de Jérusalem, pour voir passer le Maître ?

Nous aurions apporté, en guise de rameaux d'olivier, quelques branches de sapin ou de camélia en fleurs….

Et, avec la foule, nous aurions crié : - « Hosanna au fils de David, béni soit au nom du seigneur celui qui vient. Hosanna au plus haut des cieux ». Oui nous aurions crié Hosanna, sans bien savoir ce que cela veut dire, mais qu'importe, cela ne serait pas la première fois que nous hurlerions avec une foule sans bien savoir ce que nous disons...

Vous imaginez un peu la fête ! Une foule immense qui acclame le Maître, alors que nos temples le plus souvent sont à moitié vides ( sauf ce matin bien sûr ). Mais ce jour là, ce sont les rues qui étaient pleines de monde. Comme nous aurions aimé y être et pouvoir dire : - Regardez : il est là. - Enfin, nous le voyons, regardons-le : il est là, il existe… voyons ! Oui, comme nous aurions aimé, n'est-ce pas, être sur ce chemin qui conduit à Jérusalem, ne serait-ce qu'une fois dans notre vie !

Mais nous ne sommes pas sur le bord du chemin le jour des Rameaux, et peut-être est-ce tant mieux. Oui, tant mieux. Car au fait, que signifie Hosanna ? Hosanna ne veut pas dire : hourra, victoire, ou que sais-je encore. Non, hosanna signifie : sauve, délivre. La foule n'acclame pas Jésus, la foule l'appelle, l'exhorte : « Sauve-nous, fils de David ! Donne-nous la victoire ! Sauve-nous jusqu'au plus haut des cieux ». Sauve-nous, mais de quoi ? De l'occupant romain, du chômage qui déjà était un fléau, du désespoir. De nos familles parfois désunies, de la jalousie et de la haine… Sauve-nous de nos échecs, des cibles que nous n'arrivons plus à atteindre, de nos paroisses qui décroissent. Délivre-nous… de l'absurde de nos vies ; Oui, sauve, Seigneur, donne-nous la victoire : règne enfin ! Oui, comme nous aurions aimé, n'est-ce pas, être sur ce chemin qui conduit à Jérusalem ?

Eh bien non ! Pour ma part, je bénis l'Éternel de m'avoir épargné cette épreuve. Car nous connaissons la suite ; au bout de ce chemin où ne manquent que les caméras de la télé, de quelle couronne ce Jésus que l'on acclame comme un roi va-t-il être couronné ? Au bout de son chemin, sa couronne sera d'épines ; son sceptre, une croix et lui les bras liés dessus. Et là, plus de foule pour l'acclamer. Seuls, quelques-uns uns pour l'insulter et se moquer. Même les disciples ont fui. Le roi est condamné, et avec lui sont condamnés tous nos espoirs de puissance et de gloire, de foules joyeuses. Lorsque la croix se dressera à l'horizon, il n'y aura plus personne. Même pas un « pour veiller une heure avec lui ».

Car le Messie que la foule acclame, c'est un restaurateur de la royauté, le chasseur de l'occupant romain. Bref, un sauveur politique. Un messie à la De Gaulle entrant dans Paris avec la division Leclerc. Voilà ce que veut la foule. Voilà ce que nous voulons ! Force, puissance et gloire ! Comme le Messie que nous attendons est le plus souvent celui qui nous sauverait comme d'un coup de baguette magique de la maladie et de la mort, nous donnerait finances abondantes et temples pleins tous les dimanches…

Oui, mais voilà : Le Messie attendu par Israël se révèle être un Messie inattendu. Le Messie attendu est un Messie inattendu. Et là, réside peut-être l'enseignement majeur de l’Évangile : Dieu, et son Christ, ne se trouvent jamais là où l'homme croit qu'ils sont. Le Dieu de l'Évangile se révèle ailleurs, toujours, loin de nos rêves, de nos illusions. Le messie Jésus, c'est sur la croix et au petit matin de Pâques qu'il se révèle. Pas sous les "bravos" de la foule. Car la force de Jésus, c'est de n'en avoir aucune, et c'est cette "non-puissance" qui fait éclater tous les verrous de la peur et de la mort. Et ainsi notre seule force, à nous aussi, mes amis, est de n'en avoir aucune. Alors, nous tiendrons des paris insensés, impossibles.

Et c'est peut-être lorsque nous nous sentons faibles et impuissants qu'alors nous sommes au plus proche des autres et de Dieu. Véritablement humains, dans notre fragilité enfin acceptée.

Et non, nous n’aurons jamais de preuves de tout cela. Nous ne pourrons jamais voir Jésus « pour de vrai » ; et qu’importe, puisque ceux qui l’ont vu, en vrai, n’ont pas su le reconnaître… n'ont pas su. Pas vu. Pas pu. Sauf, peut être, quelques femmes, nous suggère l’Évangile.

Et c'est tant mieux pour nous… Car la distance permet le recul et nous offre la chance de l'interprétation, de notre liberté dans la foi. Car n'est-ce pas cela, croire, n'est-ce pas cela, la foi ? Dans les certitudes de nos vies, maintenir une petite fenêtre ouverte sur cette gigantesque interrogation : Et si ? Et si il y avait autre chose ? Et si la réalité ne se limitait pas, justement, seulement à ce que je peux en voir ? Et si l’essentiel, même, était invisible pour les yeux ?

Et j'en veux pour preuve les derniers versets de notre passage de ce matin : « il entra à Jérusalem dans le temple. Après avoir tout regardé autour de lui, il sortit ». Ce qui est étonnant dans cette scène, c'est le silence de Jésus, comme s'il était absent. Nous ne saurons jamais ce que le maître a vu, a pensé. Mais lui qui est monté à Jérusalem très exactement pour se rendre au temple et célébrer, très certainement "la fête des Tentes", eh bien Jésus n'y reste pas. Il sortit, silencieux. Comme pour nous dire : « Attention, Dieu n'est pas ici, il n'est nul part. Le Dieu de l’Évangile est ailleurs, dehors, là où vivent, souffrent et rient les hommes et les femmes ordinaires, là où naissent les enfants et pleurent les vieillards, là où souffle le vent du large, ce vent du premier matin du monde ».

Non, Dieu n'est pas dans le temple. Pas plus qu'il n'est sous les bravos de la foule !

Intermède musical

Alors Christ sortit. -

Mais, me direz-vous, il est ailleurs, soit, mais alors, où se révèle-t-il ? Pour moi, pour ma vie ?

Et l’Évangile de vous répondre : - dans la parabole de l'âne. - Quoi ? - Oui, Dieu se révèle dans la parabole de l'âne. Dans l'âne des rameaux.

L'âne. Animal familier que l'on trouvait partout, dans presque tous les foyers en ces temps là et en ces lieux là. Comme aujourd'hui encore sur les routes du Maghreb. L'âne, animal domestique et agraire, qui s'oppose au cheval, monture royale et guerrière.

L'âne, monture messianique déjà chez Zacharie, le peuple n'a retenu que l'image de roi, sans se souvenir de la suite : doux, juste et humble. Mais allons plus loin. Non pas tant sur l'âne que dans cette parole que Jésus adresse aux disciples : "Détachez-le, et si on vous demande pourquoi, répondez : le Maître en a besoin". Détachez-le.

Qui est Jésus ? Celui qui s'en vient détacher, délier tout homme, toute femme de ses chaînes, de ses peurs, de ses angoisses de ses échecs. Délier et faire délier. Qu'est-ce qu'un chrétien ? Un homme, une femme qui reçoit ce "déliement" , cette délivrance, et qui tente d'en vivre. Ce ne sont pas les rameaux qui sont importants chez Marc, et certainement pas les cris de la foule ! Le cœur du récit, c'est l'histoire de l'âne : - « Déliez-le et apportez-le ». Humour : on pourrait aussi traduire : "et portez-le". L'âne qui va porter le maître est lui-même porté à Jésus. - « Et si on vous demande pourquoi, dites : le Maître en a besoin : il l'envoie ici (traduction littérale) ». Et l'âne se retrouve envoyé, comme l'apôtre est un envoyé de Dieu.

L'âne se retrouve apôtre .

Si le Maître a besoin d'un âne, alors Dieu a besoin de toi. Dieu a besoin de moi. Dieu a besoin de nous ! Parce qu'entre Dieu et l'homme, il s'agit d'une histoire d'amour, d'une histoire de liberté. Pour fonder la construction d'une fraternité possible.

Dieu désire l'homme. On pense le plus souvent que la foi, c'est croire en Dieu ! La foi, c'est aussi découvrir que Dieu croit en moi. C'est Dieu qui, d'abord, croit en l'homme. En toi. En moi. Pour construire ensemble un autrement possible. Et ce faisant, Dieu nous appelle à la vie, à la délivrance. Rappelez-vous Zacharie : " Je retirerai les captifs de la fosse, je délivrerai les captifs, dans l'espérance" On peut aussi traduire : "je vous délivrerai, et vous serez captifs de l'espérance". Voilà la promesse : nous sommes désormais captifs de l'espérance. Nous n'y pouvons rien, c'est comme cela : nous sommes déliés de l'angoisse, et liés à l'espérance ; prisonniers de la confiance.

Ma sœur, mon frère :

Dieu n'est pas dans le temple,

Dieu est dans la parole de l'âne,

Dieu est dans le déliement,

Dieu est dans le désir.

"Car la venue du Royaume de Dieu ne se laisse pas observer, et l'on ne dira pas : voici ; il est ici. Ou bien : voici il est là ; car voici que le Royaume de Dieu est en vous" ( Luc chap. 17 verset 21). En nous et entre nous. Dans une autre relation possible. Dans une fraternité enfin possible. Où l'autre n'est plus à craindre, mais à accueillir. Pas dans les cris de la foule en liesse. Pas dans les temples, fût-ce celui de Saint-Lô ou même de Jérusalem. Non. Mais en toi, mon frère âne, En toi, ma sœur ânesse, chaque fois que s'ouvre assez ton cœur pour y entendre la parole du Maître

Viens, j'ai besoin de toi, -

viens, pour le pas de la fête, le pas de la danse, le pas de la vie. -

viens, ne t'inquiète pas,

Moi, le Seigneur, je te détache de toutes tes amarres des ports de l'angoisse :

à toi les chemins des montagnes,

à toi les vastes horizons ;

à toi la vie : Moi, le Seigneur, je sors avec toi." Amen.

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