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Publié par Association cultuelle de l'Eglise protestante unie de Saint Lô-Manche Sud.

Veillée du vendredi saint Granville

Ce 25 mars 2016, Michel anime la veillée du vendredi saint. Utilisant une proposition du carême protestant de 2000, il nous fait réfléchir avec sept témoins de la crucifixion.

Voici le premier: Festus.

Bonsoir, je m'appelle Festus... Je suis un soldat romain.

Surtout ne croyez pas que c'est facile d'être militaire dans l'armée romaine.On reste des mois, parfois des années, sans retourner au pays, et on ne sort pratiquement
jamais de son cantonnement. De toutes les manières, le jour où
je retournerai au pays, je ne saurai pas très bien où
aller. Si je me suis engagé dans l’armée, c’est
que je ne comptais pour personne !

Ici,en Palestine, il faut être particulièrement attentif au
contact avec la population, car c’est une région
sensible. Les Juifs sont très susceptibles, surtout pour les
questions religieuses. Il faut que nous soyons à la fois
fermes et discrets. C’est tellement vrai que le procurateur
romain, Pilate, a installé son palais à Césarée.
Il ne vient à Jérusalem que pour les fêtes
religieuses, parce qu’elles attirent de grandes foules et qu’il
faut être prêt à réagir rapidement.

Si Pilate est en ville ces jours-ci, c’est à cause de la
Pâque. Je ne sais pas très bien à quoi correspond
cette fête, mais qu’est-ce que ça attire comme
monde ! Il en vient de toute la Palestine, et même de
l’ensemble de l’Empire Romain.

Hier matin ils ont jugé un agitateur. Ça doit être un
de ces terroristes qui cherchent à nous faire quitter la
Palestine. Ils se prennent pour des patriotes, mais ce ne sont que
des assassins. J’ai un ami, avec qui j’avais fait toute
la campagne d’Egypte, qui a été tué le
mois dernier par l’un des leurs. Il escortait un convoi de
ravitaillement entre Jéricho et Jérusalem, et ils sont
tombés dans une embuscade.

Quand
le prisonnier a été condamné à mort, on
nous l’a remis pour être fouetté. Le but de
l’opération est de les affaiblir et les humilier avant
de les crucifier, afin qu’ils servent d’exemple à
tous ceux qui auraient envie de les imiter. Avec les petits morceaux
d’os et de métal qu’on attache au bout du fouet,
ça leur donne un avant-goût de ce qui les attend !
Comme il paraît qu’il se prenait pour un roi, on lui a
réservé un traitement spécial : on a tressé
une couronne avec des branches d’épines, on l’a
posée sur sa tête et on a tapé dessus avec un
roseau, pour que les aiguilles s’enfoncent profondément.
Celui-là, on l’a particulièrement bien soigné
en souvenir de notre camarade mort le mois dernier.

Je ne sais pas de qui ou de quoi il était le roi, mais son allure
ne donnait pas tellement envie de s’intéresser à
son royaume !

Ensuite
on l’a emmené pour être crucifié. Il était
tellement affaibli qu’il ne pouvait plus porter sa croix pour
monter jusqu’au lieu du Crâne. Alors on a requis un
passant.

Arrivés
en haut de la colline, on l’a crucifié avec deux autres
brigands.

D’habitude,
quand on plante les clous, les crucifiés crient. Ils hurlent
de haine et de souffrance... ils nous insultent, nous injurient, et
crachent leur venin.

Il a eu les clous... mais nous, on n’a pas eu les insultes... Il
est resté silencieux.

Ce silence m’a troublé. J’aurais préféré
qu’il crie comme les autres, mais ce silence ? ? ?
Les passants, les religieux, tout le monde l’insultait... et
lui se taisait. C’est comme s’il disait : Vous
pouvez tuer mon corps, mais vous n’aurez pas mon Esp
rit.

Plus il se taisait et plus je le regardais. Plus il se taisait et plus
j’avais le sentiment que son silence me parlait. Enfin il a
ouvert la bouche. En me regardant il a dit : Père,
pardonne-leur, car ils ne savent pas ce qu’ils fon
t.

Moi,
j’avais de la haine pour lui et les siens, à cause de
notre ami qu’ils ont tué... et lui me parlait de
pardon... à moi qui avais planté les clous.

Et
s’il me pardonne lui, qu’est-ce que je fais de ma haine
moi ?

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