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Publié par Association cultuelle de l'Eglise protestante unie de Saint Lô-Manche Sud.

Culte, aimer, un commandement?

Ce dimanche 5 juin, Chantal anime un culte à Granville.

Deux passages des Ecritures ont été lus:

Psaume 8

Luc 10: 30-35.

Chantal a proposé cette prédication inspirée du pasteur Alain Houziaux:

Aimer, est-ce un commandement ?

Est-ce que cela peut vraiment être le commandement d'aimer tout le monde, son ex-conjoint, son patron, son voisin, son cousin … ?

A priori, l'amour ne se commande pas et c'est bien dommage d'ailleurs. Oui, hélas, on ne peut pas aimer tout le monde sur commande !

Pourtant, Jésus a dit : « Tu aimeras ton prochain. « Et il a clairement dit que c'était un commandement.

L'histoire que nous relate Luc est simple, en tout cas, à première vue. Un blessé est là, à demi mort sur la route. Un prêtre et un lévite passent. Ils ne s'arrêtent pas. Pourquoi ? Ce qui peut l'expliquer, c'est la législation juive de l'époque. Celle-ci prévoyait que si quelqu'un avait été agressé et si on ne retrouvait pas le coupable, on pouvait tenir pour responsable la première personne qui se trouvait à proximité du blessé. Donc, on comprend que le prêtre et le lévite aient préféré passer leur chemin . Ils ne tiennent pas à être pris pour l'agresseur.

Mais voilà, un Samaritain survient et il va s'arrêter. Lui, il va prendre le risque d'être pris pour l'agresseur du blessé et traîné en justice. Cela donne bien sûr du prix à son geste.

Et pourtant, les Samaritains n'étaient pas tous des philanthropes, loin de là. En effet, un Samaritain, c'est un descendant des Assyriens qui, quelques siècles plus tôt, avaient envahi le pays d'Israël et en particulier la Samarie. Et, une fois installés, ces colons assyriens adoptèrent la religion juive, à quelques nuances près. Mais bien sur, ils continuaient à ne pas aimer les juifs d'origine du pays et, de fait, à l'époque de Jésus, les Samaritains agressaient de temps à autre les Juifs qui se rendaient en pèlerinage à Jérusalem sur la route de Jéricho. Ainsi, voyez-vous, un Samaritain, ce n'était pas toujours le bon Samaritain.

Et pourtant, notre Samaritain, lui, il descend de son cheval. Pourquoi ?

Là est la question.

Oui, pourquoi ? Pourquoi notre Samaritain descend-il de son cheval ? Je vais vous le dire : le visage de l'autre quand il souffre, quand il vous regarde en face, c'est un commandement. C'est une mise en demeure et même une forme d'accusation. Que vas-tu faire, toi ? Vas-tu faire comme les autres ?

Ainsi, vous le voyez, le commandement d'aimer son prochain, n'est pas une sorte d'idéal un peu trop idéaliste. Ce n'est pas le commandement d'aimer tout le monde et n'importe qui. C'est le commandement qui m'ordonne de faire quelque chose pour celui qui est là, devant moi, et qui souffre.

C'est vrai, le visage de mon amie quand elle pleure, c'est un commandement. Le regard de mon grand-père impotent dans son fauteuil, c'est un commandement. Les rires trop forts de ma voisine quand elle cache sa peine, c'est un commandement. Et le visage d'un inconnu, cela peut aussi être un commandement. Et ce commandement

dit tout simplement, regarde-moi quand même. Fais quelque chose.

Je sais bien que vous avez envie de me dire : « On est pas toujours bien placé pour aider ses proches « . Bien sûr, je suis d'accord, mais, que voulez-vous, je ne vais tout de même pas rester là, les bras croisés. Vous me direz aussi : « Si votre voisine fait une dépression, si elle est sans le sou, sans travail, sans mari, c'est son affaire. Il faut qu'elle apprenne à sortir toute seule. « Je sais bien que c'est possible. Vous avez sans doute raison. Ce que je peux faire pour elle, est sans doute inutile et peut-être même absurde. Mais, vous savez, dans la vie, tout est toujours plus ou moins absurde ! Et, la seule façon de lutter contre cet absurde, c'est l'amour, même s'il est lui-même absurde.

Je vais vous dire, en toutes circonstances, fais ce que ton cœur te dit de faire. Si tu penses que cela a un sens, réjouis-toi. Et si tu penses, à tort ou à raison, que cela n'a pas de sens, fais le quand même. Fais le contre l'absurde, contre la solitude et contre l'égoïsme. Et puis, fais le aussi pour l'avoir fait. Tu ne le regrettera pas.

La seconde remarque est celle-ci. Face à quelqu'un qui souffre, même si on y est pour rien, on se sent responsable. On ne peut pas se dire « après tout, ce n'est pas mon affaire « . Bien sûr, ce n'est pas de sa faute ? À notre Samaritain, si cet homme a été agressé et s'il est à dans le fossé. Il n'y est pour rien. Et pourtant, il n'est pas fier, là-haut, perché sur sa monture, la peau du ventre bien tendue. Il a presque hote d'avoir, lui, ses deux jambes et en plus un cheval. Et, c'est pareil pour nous , lorsque nous voyageons dans un pays où les gens sont dans la misère, nous avons presque honte, nous aussi là-haut dans nos cars climatisés.

Oui, notre Samaritain n'est pas très à l'aise. D'ailleurs, il le sait bien, il est du même sang que les Samaritains qui agressent de temps à autre les pèlerins et les laissent à demi morts sur la route de Jérusalem à Jéricho. Et, il le sait aussi, il est du même sang que ces Assyriens qui, il y a quelques siècles, ont envahi la Samarie en laissant pas mal de blessés et de morts sur leur chemin. Oui, se dit-il ; ce blessé c'est quand même un petit peu mon affaire. Il faut qu'il répare la faute des agresseurs, qu'ils soient juifs, Samaritains ou Assyriens. Et, de fait, il va réparer la faute et prendre soin du blessé ; et il va le faire, non seulement par générosité mais aussi comme si c'était lui qui avait été son agresseur, comme si c'était lui qui était responsable de son agression. Dans le livre de l'Exode, il est écrit que si quelqu'un frappe et blesse un tiers en le mettant hors d'état de faire son travail , il doit, à titre de réparation, lui verser une compensation financière pour son interruption de travail et aussi pour les soins dont il a besoin. Et c'est exactement ce que va faire le Samaritain. Il va faire ce que les agresseurs auraient dû faire s'ils avaient été arrêtés. Notre Samaritain répare la faute des agresseurs, à la place des agresseurs. Il paie à la place des autres. Par une sorte de devoir de conscience. Par Amour.

Le Christ, lui aussi, par amour, paie à la place des autres. Oui, par amour, sur la croix, il paie pour les autres. Il acquitte la dette de tous les agresseurs du monde

Aimer son prochain, c'est une manière de lui demander pardon.

Dans cette affaire, le Samaritain donne au blessé par amour ce qui lui est dû selon la simple justice.

Aimer son prochain et lui venir en aide, c'est tout simplement faire acte de justice.

L'amour, c'est aussi respecter le mystère et l'incognito de l'autre.

Le Samaritain est arrivé seul ; il repart seul. Le blessé quittera l'auberge et repartira seul. Le Samaritain n'a pas confisqué son blessé. Le commandement de l'amour, c'est d'aimer le prochain dans le respect de son chemin à lui. On pourrait dire de sa solitude et de

sa vie , à lui.

C'est bien difficile, l'amour est souvent une forme de main mise sur l'autre. C'est vrai aussi dans les relations parents et enfants. C'est vrai aussi dans les couples sous prétexte d'aimer, on voudrait que le conjoint ou la conjointe soit comme ci ou comme ça. C'est peut-être ce qui explique tant d'échecs en amour. Parce que nous aimons nous avons tendance à devenir possessifs, jaloux, exclusifs parfois même despotiques. Pour aimer, il faut être capable de dire à l'autre : Va vers toi-même, sois toi-même. C'est ce qui est dit dans le Cantique des Cantiques 2 versets 10,13 où le jeune homme dit à la jeune fille

« Va vers toi-même, ma compagne, lève-toi vers toi-même ma belle. «

Le poète Reiner Maria Rilke dit de l'amour :

« Dans l'amour, il faut que les deux partenaires apprennent à aimer cette distance qui les sépare et grâce à laquelle chacun aperçoit l'autre, entier, découpé sur le ciel «.

et aussi

« L'amour, ce sont deux solitudes se protégeant, se complétant, se limitant, s'inclinant l'une vers l'autre «

En conclusion, je vous l'ai dit :

L'amour, c est une sorte de contrainte intérieure qui vous pousse à dire « me voici « face au visage de la souffrance

L'amour, c'est réparer la faute des autres comme si c'était la sienne.

L'amour, ce n'est pas seulement un acte de charité, c'est un acte de justice.

Aimer l'autre, c'est respecter et aimer que l'autre soit un autre.

Aimer est une forme d'audace.

Aimer, c'est s'embarquer quitte à se tromper.

Choisis l'amour, car ainsi tu choisis la vie et ce qui fait vivre.

Si l'amour te fait signe, suis-le. Amen

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