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Publié par Association cultuelle de l'Eglise protestante unie de Saint Lô-Manche Sud.

Culte 10 juillet 2016 Granville.

Denis anime le culte de Granville ce 10 juillet, placé sous le double appel de l'Eglise protestante unie "Exilés: l'accueil d'abord" et de l'évangile du bon samaritain.

Les textes bibliques lus sont:

Deutéronome 6:4-9

Lévitique 19:15-18,33-34

Luc 10: 25-37

Voici la prédication proposée:

Devant la répétition monotone des crises, des violences, devant ces drames des exilés (ces bateaux qui coulent, cet enfant allongé mort sur une plage européenne, ces camps de transit) nous chrétiens pouvons être tentés de nous recentrer sur nous, nos petits problèmes paroissiaux (la clôture du temple à Granville, la cuisine à Saint-Lô) ou des spéculations spirituelles (qu’est ce qui arrivera après notre mort, qu’est ce que la vérité, comment concevoir la Trinité aujourd’hui ?) Ces questions sont légitimes, mais la Bible et notre Eglise nous invitent à nous engager dans une autre action, cette semaine du 14 juillet, juste après que les matchs de l’euro seront finis.

L’Evangile du jour tombe à point. Relisons l’histoire du bon samaritain :

Celui qui se lève est un légiste ( νομιχος), un spécialiste de la loi, c’est-à-dire un spécialiste de la torah, et de la Bible hébraïque, en même temps qu’une autorité qui donne un avis respecté sur ce qui est conforme ou pas à ce qui est écrit. A la fois un exégète et un professeur d’éthique en somme. Ces personnes peuvent rendre service à la communauté. Ici il intervient pour mettre à l’épreuve. Interessante notation : que faisons nous de nos divers dons dans l’Eglise , nous en servons nous pour nous mettre en avant, parfois pour mettre en difficultés nos frères et sœurs ou pour édifier et servir ? La question du légiste se veut être un piège, mais elle est intéressante : elle dit « que faire ? » On se souvient des trois questions du philosophe Kant « Que puis je savoir, Que puis je espérer , que puis je faire ? » Que faire de ma vie ? Comment hériter dit le texte évangélique de la vie éternelle ? Notons que dans cette question, la vie éternelle est donnée en héritage, ce qui suppose qu’il doit y avoir des cohéritiers.

Jésus répond par une question. Il renvoie le légiste à sa lecture de la Torah, « comment lis tu ? ». La lecture de la Bible, ce n’est pas seulement trouver ce qui est écrit, mais comment je le lis ? Comment je lis le récit d’Adam et Eve, comment je lis les histoires de l’Exode ? Comment je vais lire ici ce passage évangélique ? Question cruciale. D’un même texte biblique, on peut fermer ou ouvrir, Condamner ou inclure. La lecture est aussi choix et renvoi à d’autres textes. Ce que fait notre légiste qui cîte un passage du Deutéronome 5 : « tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme, de toute ta force » du Lévitique 19 : « tu aimeras ton prochain comme toi-même ». Le légiste a une bonne connaissance des textes et il fait des renvois. C’est bien. Jésus valide son choix mais cela ne suffit pas. Jésus dit : mets en pratique et vas vers la vie. C’est ici et maintenant que commence ta vie éternelle qui était ta première question.

Pourtant la question rebondit : « Qui est mon prochain ? » Un homme politique français d’extrême droite avait un jour affirmé : Jésus nous appelle à aimer notre prochain, pas le lointain. On a tous tendance à se construire des cercles concentriques de priorité d’amour : nos proches (conjoint, enfants, parents) puis nos amis…. Jésus pour nous déplacer, raconte un fait divers, l’histoire d’une agression sur une route. Episode désolant mais banal et de tous les temps. La parabole nous présente d’abord cet homme anonyme mais blessé. Ton prochain, c’est l’homme ou la femme blessé. C’est peut être aussi ces bandits de grand chemin, mais en attendant de les retrouver , l’homme battu presqu’à mort git sur le côté de la route. Le prochain est celui qui est au bord de ton chemin. On lit que trois hommes passèrent : le prêtre a ,selon le texte grec antiparerchomai, « longé de l’autre côté de la route », autrement dit il a changé de trottoir. Pourquoi ? On a invoqué la peur d’une souillure, la peur de se compromettre …. Le Lévite est aussi un religieux, membre d’une tribu d’Israël, c’est un compatriote, lui aussi il passe à l’écart. Arrive un samaritain, c’est-à-dire tout à la fois un déviant religieux, quelqu’un qui n’est clairement pas de la paroisse (les Samaritains n’avaient pas les mêmes textes sacrés, pas les mêmes lieux de culte, pas les mêmes liturgies) et en même temps une communauté nationale ennemie. Pour comprendre la force de cette parabole, il faut remplacer samaritain par palestinien pour un juif d’aujourd’hui, samaritain par catholique pour un protestant du au XVI eme siecle , ou un musulman intégriste ou un chrétien fondamentaliste pour nous, bref quelqu’un avec qui on ne s’entend pas, on n’a pas d’atome crochu. Pour le samaritain, cela a dû etre un choix, peut être pas évident, mais il l’a fait. Le prochain est à la fois celui qui m’est donné et que je choisi de faire proche. Le prochain est celui que je vais aimer, et celui dont je suis aimé en actes. En acte car le Samaritain est dans l’action : son intervention efficace est marquée par six verbes.

Le légiste a compris la leçon, mais il a toujours du mal à dire : « c’est le Samaritain » Nous aussi malgré l’annonce de l’Evangile chaque semaine nous gardons certains de nos préjugés. En cette semaine de l’accueil des exilés, Jésus nous dit à chacun de nous : « Fais de même ».

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