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Publié par Association cultuelle de l'Eglise protestante unie de Saint Lô-Manche Sud.

Culte 3 juillet Jullouville, Pierre et Judas

Ce dimanche 3 juillet 2016 Lydie anime le premier culte d'été à Jullouville.

Les lectures bibliques sont :

psaume 66

Matthieu 27: 3-10

jean 21: 15-19

Elle nous propose cette prédication inspirée du pasteur Christophe Singer de l'institut protestant de Montpellier.

Judas et Pierre

1. Malgré ce que l’on dit tout le temps, la question du salut n’a pas disparu de la tête des gens. Au contraire : elle est constamment présente. Elle a simplement pris d’autres formes (recherche identitaire, qui ici s’exprime dans le terrorisme et la violence, là dans la dépression ou dans les drogues ou dans toutes sortes de fuites…)

2. C’est une question éminemment personnelle, à laquelle personne ne peut répondre pour un autre. Chacun se la pose pour lui-même puisqu’il s’agit de « lui-même comme question ».

3. Pour nous aider à y faire face, la Bible met à notre disposition un langage : le langage de la foi. Ce langage est aussi divers que celui qui règne sur la diversité des situations de notre existence. Une de ses formes est la narration. La Bible contient des histoires d’être humains comme vous et moi. Certains sont légendaires, d’autres ont existé. Mais au fond, peu importe, car ce qui nous aide, ce n’est pas tant la réalité historique de ce qui est raconté dans la Bible que ce qu’elle nous dit par sa manière de raconter ces histoires. La Bible nous raconte des histoires du passé pour éclairer la question du salut qui se pose dans notre présent.

4. Ce matin, je vous propose de nous arrêter sur un bout de deux histoires qui se croisent : celle de Pierre et celle de Judas. Depuis deux mille ans, ces deux personnages ont souvent été comparés. Ils ont des points communs et aussi une différence. Les points communs, c’est que les deux font partie des douze disciples de Jésus, et que les deux le trahissent. La différence, bien sûr, c’est que Judas finit par se pendre, alors que Pierre devient, disons le « premier pape ». Et à partir de là, ces deux noms, Pierre et Judas, vont pointer dans deux directions opposées, pour ce qui concerne la question du salut : le nom de Pierre est associé à la repentance, à la conversion et au salut, le nom de Judas est associé au suicide et à la perdition.

5. Si la Bible nous raconte ces histoires, c’est pour nous faire réfléchir à notre propre existence et à cette question du salut et de la perdition. Ou si vous préférez, de la joie et de l’absurde. De l’espérance et du néant. De la vie et de la mort. Avec Pierre et Judas, c’est comme si elle nous plaçait d’une manière particulièrement claire devant cette alternative, faisant ainsi écho au fameux verset du Deutéronome : « Je mets devant toi le bien et le mal, la vie et mort. Choisis la vie afin que tu vives ! »

6. Il faudrait être fou pour choisir la mort, n’est-ce pas ? Oui. Mais si c’était aussi simple que cela, ça se saurait ! Il suffit de lire l’épître aux Romains par exemple, pour se rendre compte qu’il ne suffit pas simplement de choisir la vie. Ou plus précisément, qu’il suffit en effet de choisir la vie, mais tout la question est : « où se trouve la vie ? Qu’est-ce que veut dire, dans la réalité de mon existence, choisir la vie ? »

7. C’est justement pour débrouiller cette question que l’histoire de Pierre et de Judas nous est utile. Il nous semble bien que Pierre a choisi la vie, et Judas a choisi la mort. Mais où et quand ce choix a-t-il été fait par l’un et par l’autre ?

8. Les deux sont disciples de Jésus. Les deux le suivent sur les routes de Palestine. Bien sûr, dans l’évangile de Jean, il y a une incise qui dénonce Judas comme étant ami de l’argent. Mais cela ne le distingue pas vraiment des autres disciples qui ont tous leurs défauts, à commencer par Pierre. N’est-ce pas Pierre qui, le soir du jeudi saint, est tellement présomptueux qu’il affirme que son amitié pour Jésus est à toute épreuve, même à l’épreuve de la mort ?

9. Et pourtant, comme Judas, il va trahir Jésus. Certes, on pourra toujours dire que Judas, c’est prémédité, alors que Pierre se fait surprendre. Mais quand-même, c’est trois fois qu’il renie Jésus ! On peut toujours essayer de faire les procès comparés de Pierre et de Judas sur la base des événements des derniers jours de Jésus. Mais c’est facile de faire le procès de ceux qui ne sont plus là pour dire comment, subjectivement, ils ont vécu ces instants. Et finalement, ça ne sert à rien pour ce qui concerne notre question. La question de notre propre existence face au salut ou à la perdition.

10. Car si vous êtes tant soit peu honnêtes, ce que je crois, vous savez bien qu’un tel procès est impossible déjà pour soi-même. Nous avons des souvenirs de fautes. Et les pensées dans nos têtes nous accusent ou nous défendent tour à tour. Nous pouvons nous trouver des circonstances atténuantes. Nous pouvons discuter avec ce juge qui se trouve en nous-mêmes. Mais si cela est impossible pour nous, à plus forte raison pour les autres, et surtout quand ces autres sont des hommes morts depuis longtemps dont nous n’avons de leur vie que ces quelques bribes de récits.

11. C’est donc non pas dans ce qu’on peut imaginer de la vie de Pierre et de Judas, ni dans un jugement moral sur leurs actions telles qu’elles sont racontées dans ces textes, qu’il va nous falloir trouver la différence, mais dans la lettre de ces récits. Ce n’est qu’à cette lettre que nous avons accès. Que nous dit-elle ?

12. Qu’ils ont des comportements similaires, qui aboutissent pour l’un et l’autre avec la séparation d’avec Jésus. Et que suite à cela, l’un et l’autre éprouvent du regret. Là encore, les exégètes ont beaucoup glosé sur le vocabulaire : repentance pour l’un, remords pour l’autre. Regret sincère pour l’un, regret à cause des conséquences pour l’autre… Tout cela sent l’essai de jugement moral mal dissimulé sous l’analyse des verbes. Les récits nous décrivent deux hommes qui l’un et l’autre se rendent compte qu’ils ont fait une faute, qu’ils ont trahi un ami cher. Et si l’on veut faire pencher la balance morale, peut-être même que Judas y gagne, car lui, au moins, il témoigne de son repentir, il a le courage d’avouer sa faute, alors que Pierre s’enfuit pleurer tout seul.

13. Ce n’est donc ni sur la faute, ni sur leur manière d’agir une fois qu’ils éprouvent le regret que l’on peut distinguer ce qui va faire de Judas… Judas, et de Pierre Pierre ! Où est donc la différence. Où leurs chemins vont-ils se séparer pour aller l’un vers la mort et l’autre vers la vie ?

14. La différence, je ne la vois pas dans leur comportement ou dans ce qu’ils éprouvent, mais dans la parole qui leur est adressée. Les évangiles nous rapportent pour l’un et pour l’autre un dialogue après leur faute.

15. Pour Judas, c’est Matthieu (27). La parole qui est adressée à Judas est : « Que nous importe : cela te regarde. » Judas est invité à se regarder lui-même, à s’incurver en lui-même pour trouver la solution à son problème, l’issue de l’impasse où se trouve son existence. Dans cette phrase, Judas est objet : cela te regarde ! Comme l’œil regarde Caïn jusque dans sa tombe. Et cela engendre chez lui la mort.

16. Pour Pierre, c’est Jean (21). La parole qui lui est adressée est : « Pierre, m’aimes-tu ? » Pierre est invité à tourner son regard vers celui qui se trouve en face de lui et à lui répondre. C’est une question qui le décentre de lui-même et inaugure un possible dialogue. Il est invité à dire lui-même une parole, en « je ». En sujet. Cela ne sera pas facile pour Pierre, il balbutie, il esquive… Mais c’est là le sujet d’une autre prédication. Si pénible soit ce dialogue (où il éprouve de la tristesse), c’est parce qu’il est dialogue, justement, parce qu’il y a quelqu’un d’autre qui s’invite dans la vie de Pierre, que l’existence de Pierre est tournée vers la vie. Judas n’a pas eu cette chance.

17. Nous pourrions maintenant épiloguer, échafauder des objections philosophiques et théologiques : si la direction vers la vie ou vers la mort dépend de l’autre, n’est-on pas en plein dans la prédestination ? N’est-ce pas injuste ? Vous pouvez certes essayer de vous débattre avec ces questions qui ont fait couler tant d’encre et de sang. Mais je vous propose autre chose ce matin.

18. Je vous propose de ne pas vous débattre, justement, et de réaliser une chose très simple, la plus simple du monde : aujourd’hui, ici et maintenant, c’est la parole de vie qui vous est adressée : Pierre, m’aimes-tu ? Veux-tu de moi dans ta vie ? C’est bien pour cette parole-là que vous êtes venus dans ce temple n’est-ce pas ? Eh bien aussi bizarre que cela paraisse, le Dieu de Jésus-Christ répond tout simplement à la prière de ceux qui le cherchent, c’est pourquoi il vous adresse maintenant la parole et vous dit : « suis-moi ! »

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