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Publié par Association cultuelle de l'Eglise protestante unie de Saint Lô-Manche Sud.

Ce dimanche 19 février, le pasteur Basile Zouma préside le culte à Granville.

Ces passages bibliques ont été lus:

Lévitique 19: 1-2/17-18

Luc 10:25-37

Matthieu 5:38-48

Voici  la prédication proposée par le pasteur:

 

 

« Depuis la préhistoire, c’est toujours le rapport de force qui décide de qui est le maître et de qui est le sujet. »1 Cette force a très souvent décidé de la hiérarchie entre fort et faible, entre homme et femme, entre blancs et noirs, entre riche et pauvres, entre adultes et enfants… Dans ces rapports, pas toujours équilibrés, la loi vient mettre un peu d’ordre, un peu d’équité, un peu de justice.

 

C’était la fonction de la loi du talion dont nous parle l’évangile de Matthieu. C’est une loi d’équité. L’homme a naturellement tendance à la vengeance excessive. Il frappe plus fort que le coup reçu, il prendra deux yeux pour un œil, deux dents pour une dent. Cette loi régule le désir de vengeance qui habite et saisit si facilement notre humanité.

 

Devant cette loi de régulation des rapports humains, Jésus propose d’aller au-delà. Il ne s’oppose pas à elle, il ne la discrédite pas mais il invite à la dépasser par l’amour.

 

« 38Vous avez entendu qu'il a été dit : Œil pour œil, et dent pour dent. 39Mais moi, je vous dis de ne pas vous opposer au mauvais. »

 

Il radicalise le commandement en ordonnant de ne pas succomber du tout à son désir de vengeance. C’est pour lui le seul moyen de briser le cercle infernal de la violence qui n’en finit pas autrement de s’auto-alimenter. La résistance prônée par Jésus ouvre la possibilité de considérer son agresseur comme une personne à aimer, plutôt que de le réduire au mal qu’il commet.

 

En poussant son offenseur à aller au-delà du mal qu’il fait subir, le but est de le ramener à un rapport fondé sur le respect que sur la force. Le risque d’échec existe. Jésus en fut lui-même victime.

 

« 43Vous avez entendu qu'il a été dit : Tu aimeras ton prochain et tu détesteras ton ennemi. 44Mais moi, je vous dis : Aimez vos ennemis et priez pour ceux qui vous persécutent. »

Cela a été dit mais pas écrit. On ne trouve pas telle quelle cette affirmation dans l’Ancien Testament mais dans une interprétation du texte. Ce qui est claire dans ces versets, c’est que le prochain, ce n’est pas l’ennemi. Il est compris comme l’ami ou le frère. En tout cas, celui qui me ressemble et que je peux facilement aimer. Si cette interprétation était la plus acceptée, cela veut bien dire que ce n’est pas naturelle d’aimer son ennemi encore moins, celui qui nous persécute.

 

Et c’est ici qu’il est important de se poser la question sur le sens du mot « aimer » dans l’Ancien Testament. Aimer, ici, ce n’est pas d’abord un sentiment parce qu’on ne peut pas décider ou décréter d’aimer. Cela ne marche pas ainsi.

 

Aimer, ici, ce n’est pas "ressentir quelque chose pour quelqu’un" mais c’est plutôt "faire quelque chose pour quelqu’un" même si on le déteste ou si on ne le connaît ni d’Adam ni d’Eve.

 

Le cas concret qui nous parle de cet amour-action est dans le récit du bon Samaritain. Devant la victime, on ne demande pas de ressentir quelque chose pour elle mais de faire quelque chose afin d’éviter qu’elle meurt.

 

Cet acte qui sauve la vie, rompt naturellement le rapport de force pour celui du respect. L’acte du Samaritain à préserver la vie et créé une forme de lien avec l’inconnu. L’amour-acte met en mouvement quelque chose que la victime ne peut ignorer. Et si cette victime avait été un ennemi, son regard aura beaucoup de chance de changer.

 

Si poser des actes pour celui qu’on ne connaît pas ou qu’on n’aime pas n’est pas évident (le prêtre et le lévite nous le prouve), il est encore moins évident d’attendre de ressentir quelque chose pour lui avant d’agir pour lui. Si nous attendons de connaître et d’aimer sentimentalement avant d’agir, nous n’agirons presque jamais ou que pour nos proches.

 

Jésus dit au légiste dans la situation du blessé, il y a urgence, comme notre monde a urgemment besoin d’amour. La question se situe ailleurs. Elle n’est plus « qui est-il ? » mais « quel est le besoin, quel est l’urgence ? ». Devant cette urgence, l’amour se décline dans sa forme la plus utile à la vie, la plus active, la plus agissante.

 

On ne peut pas s’obliger à aimer sentimentalement quelqu’un, surtout un inconnu ou un ennemi mais on peut s’exiger d’agir, quand le monde qui nous entoure à besoin de notre aide. Il s’agit déjà d’un acte-amour parce qu’il crée le cadre de la naissance du sentiment liant.

 

Dans cette parabole, Jésus se veut plutôt pratique que théorique. Ce qui est ici mis en évidence, ce n’est ni la proximité sentimentale ni la reconnaissance (sociale, culturelle, raciale ou religieuse) mais la nécessité et l’urgence de l’agir.

 

L’homme en difficulté, fût-il mon ennemi, m’invite à devenir son prochain en agissant en sa faveur. L’amour universel garde ainsi son caractère concret : il se manifestera vis-à-vis de tout homme que Dieu met sur mon chemin.

 

Amen.

Basile ZOUMA

1 Yasmina Khadra, L’équation africaine, Julliard, Paris, 2011,  p. 93

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